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..."Marseille
est une ville d'arrivée. Et tous les moyens sont
bons pour fondre sur elle comme un amant plein de
hâte ...."
texte
de Philippe
Larue extrait
de son livre
"Marseille, Esprit de Ville" *
"1. L’arrivée
M arseille est une ville d’arrivée.
Et tous les moyens sont bons pour fondre sur elle comme un amant plein de hâte.
L’avion survole les îles du Frioul et les calanques, dans un pailletis de
soleil. Par train, il faut arriver au matin pour descendre le grand escalier qui
domine la ville.
I l permet un débarquement de star qui retrouve son enfance. Par
mer, les ferries traînés par son attelage de mouettes offrent les quartiers
accrochés au bord des vagues, comme un générique et glissera le long de la
Grande Major, cette cathédrale aux allures de pièce montée avant de se nicher
dans le port de commerce ventru. Enfin, par l’autoroute du Littoral, il suffit
de s’engouffrer par le tunnel des Treize Vents pour voir s’offrir telle une
courtisane opulente la rade plus large que celle de Rio. De tous côtés, ce n’est
qu’un festin de collines, d’immeubles comme jetés en vrac et de Méditerranée
jamais semblable.
Et toujours la Bonne-Mère qui veille sur ce joli
fatras, sur cette cité bordélique et superbe. Notre-Dame-de-la-Garde est la
seule à pouvoir régner sur Marseille la rebelle. La Vierge Marie comprend mieux
que quiconque l’esprit de cette ville femelle. Il faut lui demander conseil
avant de succomber au charme de Massalia. C’est le premier repère pour entamer
une visite, que dis-je, une initiation.
Découvrir Marseille depuis
Notre-Dame-de-la-Garde, c’est laisser son regard se perdre dans ce fouillis de
quartiers urbains et de noyaux villageois, errer entre la montagne et la mer.
Puis, après cette douce séduction, la découverte réciproque commence par les
limites de la ville, ses monuments, ses îles, ses boutiques, ses marchés, ses
habitants et son temple, le Stade Vélodrome.
2. Les
confins
S ur ces rives, le visiteur se sent vite timide comme un amoureux
qui doute. Alors il peut tergiverser et tourner autour du cœur de la ville.
Qu’importe, le voyage peut commencer par les marges. Direction le grand Nord.
Sous le viaduc de Corbières, voilà une plage de galets d’où l’on peut entendre
siffler le train de la Côte Bleue. La baignade est un bonheur lorsque tourne
dans l’eau les muges et les daurades pas farouches. Et les petits poulpes rouges
qui viennent vous chatouiller la plante des pieds.
Mais comme l’amoureux
tergiverse toujours, le tête-à-tête peut reprendre à l’autre bout de la ville.
Cap au sud là où la route bute sur les calanques.
Callelongue, terminus.
Sormiou, comme les pointillés de la ville. Toujours l’éclat aveuglant des roches
blanches et le bleu de Marseille, ce bleu délavé des yeux des gens toujours
tristes gais. Il faut marcher seul sur les sentiers de randonnée, laisser
l'esprit de Marseille s’instiller en soi.
Et puis repartir encore vers
les collines de la Treille, à l’est, à l’intérieur des terres, marcher sur les
traces du petit Marcel qui n’était pas encore Pagnol et qui s’émerveillait des
éclaboussures de sauterelles et avait peur du « Grosibou ».
L’ivresse de
Massalia monte. On se sent comme un marin perdu qui cherche une chambre avec son
sac à l’épaule. Tant mieux. Marseille est une ville d’errance où l’on peut se
décharger de son passé et ne penser qu’à l’escale. Il est temps de quitter le
cercle des collines pour entrer dans la spirale. Il est l’heure de planter ses
repères sur une carte, de tracer ses itinéraires d’arpenteur de
capitale.
3. Les repères.
Le rêve débute au pied du Stade
Vélodrome. Comme un enfant qui n’a pas de billet, on écoute le cœur gros cette
arène qui vibre même vide. Elle nous appelle. Elle parle des légendes de la
Coupe du Monde de 1998, de matchs où les Brésiliens Jaïrzinho et Paulo Cesar
enflammaient les virages et même d’une incroyable rencontre de rugby France -
Australie de l’automne 2001. Un seul instant, le touriste peut enfiler en rêve
la tunique blanche et bleue de l’Olympique de Marseille sur la pelouse de ce
stade magique, avec 60.000 personnes qui crient son nom. Et laisser le son
monter dans votre tête.
Etre Olympien, c’est se répéter que dans O.M.,
il y a « aime ». Mais au Vélodrome, l’amour ne peut être que collectif. Dans les
tribunes et plus encore dans les virages où les clubs de supporters -des «
Winners » au « Marseille Trop Puissant »- réinventent le match lors des
animations, les « tifos », on jouit ensemble d’un but d’anthologie, d’une
victoire dans les dernières secondes. Ou plus encore du plaisir d’être l’un des
acteurs du spectacle. C’est là un des secrets largement partagés de cette
enceinte : le bonheur n’est pas dans sur le pré que dans les travées. Car le
public y est unique. La rencontre n’a finalement pas autant d’importance que les
quatre-vingt-dix minutes passées hors du temps à former un seul corps avec les
milliers de comédiens qui jouent leur vie de supporters. « Qui ne saute pas
n’est pas marseillais », crie le stade comme une prière païenne. Et la «ola »
déferle dans les tribunes et vous l’attendez, vous la sentez déferler sur vous
comme une vague de sensations. Le sport et ses parenthèses enchantées
peuvent laisser froid le nouvel arrivant. Libre à lui.
Mais à Marseille,
chacun doit se donner une quête, s’imaginer un Graal au cœur de cette ville. Ce
sera la Vieille-Charité après un parcours initiatique dans les ruelles du
Panier, sur les hauteurs du Vieux-Port. L’ancien asile où les édiles enfermaient
les manants et les vagabonds qui gâchaient la vue des bourgeois lors que leurs
promenades, avec sa chapelle unique au monde dessinée par Pierre Puget, abrite
aujourd’hui un musée d’art océanien, des expositions d’art temporaire, des
spectacles dans sa cour intérieure ou un platane chétif survit, des festivals de
cinéma et des passants qui aiment la sérénité du lieu. En montant dans les
étages, voici l’ombre complice des arcades.
La Vieille-Charité est un drôle de
cloître pour des pénitents en transit. Et il suffit de passer la grille dans
l’autre sens pour retrouver le quartier criard avec ses minuscules travées et
les enfants qui jouent au foot sur la place avec deux tee-shirts roulés en boule
pour but.
La Vieille-Charité a une sœur d’infortune, un autre lieu
d’enfermement où Marseille cachait sa face noire.
Il faut prendre la navette au
Vieux-Port pour cingler pour ce bout de ville dans la rade, le Frioul. Plus
encore que du Château d’If et de son Comte de Monte-Cristo champion de natation
en sac, l’arpenteur en vadrouille peut s’imprégner de l’atmosphère de l’hôpital
Caroline, à un quart d’heure de marche du débarcadère. Il y a là un bâtiment qui
domine une plage de rêve et d’où suinte encore toute la détresse du monde. Ici,
près de ce faux temple romain en rénovation, on enfermait les malades de la
peste, croyant que le mistral emporterait loin de la ville les miasmes
morbides."
*
Philippe Larue extrait
de son livre
"Marseille, Esprit de Ville"
paru
aux éditions Giletta la Provence 5 rue Michel Ange
- 06100 Nice

Marseille
- le vieux port - notre dame de la garde

Marseille
- le vieux port et le fort saint-Nicolas

Marseille
- marchande de poissons sur le vieux port

Marseille
- calanque de Marseilleveyre - chez le "Belge"
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